La liste INCI est la liste des ingrédients imprimée sur l’emballage d’un cosmétique, avec des noms communs à de nombreux pays. Dans l’Union européenne, elle suit l’ordre décroissant de poids, mais les ingrédients sous 1 % peuvent apparaître dans n’importe quel ordre. Elle indique donc ce que contient un produit, pas la dose de chaque ingrédient ni son efficacité. [1]
Dans cet article
- Qu’est-ce que la liste INCI ?
- Que dit l’ordre des ingrédients ?
- Comment lire « parfum » et les allergènes parfumants ?
- Que ne dit pas l’étiquette ?
- Comment confronter les promesses de l’emballage à la liste ?
- Que signifient la date et le symbole du pot ouvert ?
- Comment utiliser l’étiquette dans votre salle de bains ?
- Qui doit lire l’étiquette avec plus d’attention ?
- Questions fréquentes
- Sources
Qu’est-ce que la liste INCI ?
La liste INCI est l’énumération des ingrédients d’un cosmétique selon une nomenclature internationale (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients). En France, le règlement européen 1223/2009 s’applique directement : il fixe la manière dont cette liste est rédigée. D’autres pays, comme les États-Unis, ont leurs propres règles, proches sur certains points. [1, 2]
Dans l’Union européenne, la liste commence par le mot « ingredients ». Les noms utilisés proviennent d’un glossaire des dénominations communes, établi en tenant compte de la nomenclature INCI. Ce glossaire sert à harmoniser les étiquettes : ce n’est pas une liste de substances autorisées. [1]
Un nom commun à tous les produits aide surtout à repérer une substance d’un emballage à l’autre. C’est pourquoi, dès 1997, des dermatologues ont publié une table de correspondance entre les anciens noms usuels d’allergènes cosmétiques et leur nom INCI, afin de mieux conseiller les patients allergiques. Certaines dénominations ont pu évoluer depuis. [3]
Les impuretés des matières premières et les auxiliaires techniques absents du produit fini ne sont pas considérés comme des ingrédients : ils n’apparaissent donc pas dans la liste. [1]
Que dit l’ordre des ingrédients ?
L’ordre renseigne sur les proportions relatives, avec une limite importante. Dans l’Union européenne, les ingrédients sont inscrits par ordre décroissant de leur poids au moment de leur incorporation, mais ceux présents à moins de 1 % peuvent être listés dans n’importe quel ordre après les autres. Les premiers noms sont donc les plus abondants. [1]
Aux États-Unis, la règle fédérale suit la même logique : chaque ingrédient est inscrit par ordre décroissant de prédominance. Une variante permet de lister dans l’ordre décroissant les ingrédients au-dessus de 1 %, puis ceux à 1 % ou moins dans n’importe quel ordre, et les colorants à la fin. Si le produit est aussi un médicament sans ordonnance, ses substances actives sont indiquées à part, avant les ingrédients cosmétiques. Enfin, un ingrédient reconnu comme secret commercial par l’autorité américaine (FDA) peut être remplacé par la mention « and other ingredients » en fin de liste. [2]
Pourquoi le seuil de 1 % compte-t-il ?
Parce qu’après ce seuil, l’ordre ne dit plus rien des proportions. Une molécule placée dans cette partie de la liste peut être présente juste sous 1 % ou à une dose bien plus faible : l’étiquette ne permet pas de le savoir. Un actif mis en avant sur l’emballage peut tout à fait se trouver dans cette zone. [1]
En pratique, si la concentration d’un actif vous importe, par exemple pour le rétinol ou la vitamine C, cherchez un pourcentage indiqué par le fabricant. Le guide du rétinol et le guide de la vitamine C expliquent pourquoi la dose et la forme comptent.
Colorants et mention « may contain »
Dans l’Union européenne, les colorants autres que ceux des teintures capillaires peuvent être listés dans n’importe quel ordre après les autres ingrédients, avec leur numéro de Colour Index (CI) lorsque c’est approprié. Pour les produits de maquillage vendus en plusieurs teintes, la mention « may contain » ou « +/- » peut précéder l’ensemble des colorants utilisés dans la gamme. [1]
Cela signifie qu’une teinte précise ne contient pas forcément tous les colorants cités après « may contain ».
Comment lire « parfum » et les allergènes parfumants ?
Dans l’Union européenne, les compositions parfumantes et aromatiques figurent sous le terme « parfum » ou « aroma ». Certaines substances parfumantes connues pour leur potentiel allergisant doivent cependant être nommées à part dans la liste lorsqu’elles dépassent un seuil. Aux États-Unis, les termes employés sont « fragrance » ou « flavor ». [1, 2]
Dans le texte initial du règlement européen, 26 substances parfumantes devaient apparaître dans la liste au-delà de 0,001 % dans les produits sans rinçage et de 0,01 % dans les produits rincés. Cette liste a ensuite été élargie par le règlement 2023/1545 du 26 juillet 2023. [1, 4]
Ces mentions sont fréquentes. Une étude danoise a examiné les étiquettes de 5 588 cosmétiques parfumés enregistrés via une application d’information aux consommateurs. Parmi les produits contenant au moins une des 26 substances, 85,5 % en affichaient au moins deux et 73,9 % au moins trois. Les plus fréquentes étaient le linalool (49,5 %) et le limonène (48,5 %). [5]
La même étude a relevé 329 produits (5,9 %) qui listaient un allergène parfumant sans afficher « parfum », « fragrance » ou « aroma ». Il s’agissait d’une lecture d’étiquettes, sans mesure des concentrations réelles. [5]
Afficher un allergène ne signifie pas que le produit est dangereux pour tout le monde. Une étude coréenne a mesuré 56 allergènes parfumants, dont 30 parmi ceux ajoutés en 2023, dans 267 produits ménagers et d’hygiène : même au 95e percentile d’exposition, elle n’a pas trouvé de risque notable de toxicité ni de sensibilisation cutanée. Ces produits étaient en bonne partie des nettoyants de cuisine. [4]
Que ne dit pas l’étiquette ?
La liste INCI ne donne ni la concentration exacte de chaque ingrédient, ni la façon dont ils interagissent, ni l’effet de la formule sur votre peau. Deux produits aux listes proches peuvent donc se comporter différemment. Les études sur les crèmes hydratantes montrent que la composition d’ensemble influence le résultat, parfois dans un sens inattendu. [6, 7]
Elle ne renseigne pas non plus sur la qualité des matières premières, la stabilité du produit ou la façon dont il a été testé. Ces informations relèvent du fabricant, pas de l’étiquette.
Même ingrédient, formule différente
Une synthèse souligne que les crèmes hydratantes diffèrent beaucoup entre elles : certaines améliorent l’aspect et la fonction barrière, d’autres peuvent aggraver l’état de la peau. Des émulsifiants peuvent affaiblir la barrière, et des ingrédients non considérés comme actifs peuvent eux aussi avoir des effets marqués. [6]
Un essai randomisé chez 78 volontaires à peau normale l’a montré sur l’avant-bras : après 7 semaines, des crèmes simplifiées et un gel sans lipides ont augmenté la perte en eau, alors qu’une crème à 5 % d’urée a eu l’effet inverse. Les formules étaient expérimentales ; le principe reste que le résultat dépend de l’ensemble. Le guide de la barrière cutanée développe ce point. [7]
Comment confronter les promesses de l’emballage à la liste ?
Commencez par vérifier que l’ingrédient mis en avant figure bien dans la liste, puis regardez sa position. Dans l’Union européenne, l’étiquetage et la publicité ne peuvent pas attribuer à un produit des caractéristiques ou des fonctions qu’il ne possède pas. La liste ne prouve pas une efficacité, mais elle permet de repérer une incohérence. [1]
En pratique, un ingrédient vedette cité en fin de liste, parmi les composants sous 1 %, n’est pas forcément présent à faible dose, mais rien ne permet non plus de supposer le contraire. Pour juger de l’intérêt d’un actif, reportez-vous aux études qui le concernent, par exemple dans le guide du niacinamide.
Que signifient la date et le symbole du pot ouvert ?
Dans l’Union européenne, les produits dont la durabilité minimale dépasse 30 mois ne sont pas tenus d’afficher une date limite d’utilisation. Ils portent à la place le symbole d’un pot ouvert, accompagné d’un nombre de mois : c’est la durée d’utilisation après ouverture. [1]
En pratique, notez la date d’ouverture sur l’emballage au feutre. Un changement d’odeur, de couleur ou de texture est une bonne raison de ne plus utiliser le produit, même avant la fin de cette durée. Pour les produits solaires, le guide de la protection solaire apporte des repères complémentaires.
Comment utiliser l’étiquette dans votre salle de bains ?
L’étiquette devient utile quand vous comparez vos produits entre eux. En pratique, quelques gestes simples suffisent pour repérer les doublons et les ingrédients auxquels vous réagissez, sans transformer chaque achat en enquête. Il s’agit de repères pratiques, pas de règles tirées d’études.
- Photographiez la liste de chaque produit que vous utilisez régulièrement.
- Repérez les actifs présents dans plusieurs produits à la fois.
- En cas de réaction, notez le produit, la date et la zone concernée.
- Comparez les listes des produits qui vous ont posé problème pour chercher un ingrédient commun.
- Gardez ces notes pour une consultation éventuelle.
Qui doit lire l’étiquette avec plus d’attention ?
Les personnes qui ont déjà eu une réaction à un cosmétique, un eczéma ou une allergie de contact connue ont tout intérêt à lire chaque liste. Dans une étude chez 320 patients atteints d’eczéma, chez qui une allergie aux parfums ou aux cosmétiques était suspectée, 10,3 % ont réagi à au moins une des 26 substances étiquetées dans l’Union européenne. [8]
Chez 20 des 33 patients positifs (61 %), le lien avec les symptômes était certain. Il s’agissait d’un groupe de patients sélectionnés : ces chiffres ne reflètent pas la fréquence de l’allergie dans la population générale. Les substances en cause y ont été identifiées par des tests épicutanés (tests allergologiques appliqués sur la peau) [8] ; en pratique, ce bilan se fait avec un médecin.
Questions fréquentes
Le premier ingrédient est-il le plus efficace ?
Non. Le premier ingrédient est le plus abondant, souvent l’eau (aqua), pas le plus actif. L’ordre reflète le poids au moment de l’incorporation, pas l’effet sur la peau. Un actif peut être efficace à faible dose, et un ingrédient abondant peut simplement servir de base. Pour savoir ce qu’un actif apporte, il faut regarder les études qui le concernent. [1]
Sans pourcentage, peut-on deviner la quantité ?
Seulement de façon grossière. Au-dessus de 1 %, l’ordre donne une hiérarchie ; en dessous, il peut être libre. Aucun calcul fiable ne permet de déduire un pourcentage à partir de la position. Si la dose vous importe, cherchez une concentration annoncée par le fabricant ou posez la question à son service client. [1]
Un produit sans « parfum » peut-il contenir des substances parfumantes ?
Oui, cela arrive. Dans l’étude danoise, 5,9 % des produits examinés listaient un allergène parfumant sans le terme « parfum », « fragrance » ou « aroma ». Si vous êtes allergique à une substance précise, cherchez son nom INCI dans toute la liste plutôt que le seul mot « parfum ». [5]
Pourquoi les noms sont-ils en latin et en anglais ?
Parce que la nomenclature INCI est internationale : dans l’Union européenne, les noms de l’étiquette viennent d’un glossaire établi en tenant compte de cette nomenclature. Une même substance porte ainsi le même nom d’un pays à l’autre, ce qui aide les personnes allergiques et les dermatologues à la reconnaître. [1, 3] En pratique, beaucoup d’extraits végétaux y portent un nom latin et de nombreuses autres substances un nom d’origine anglaise.
Sources
- Regulation (EC) No 1223/2009 of the European Parliament and of the Council of 30 November 2009 on cosmetic products. Official Journal of the European Union. 2009;L342:59-209. EUR-Lex
- 21 CFR 701.3 - Designation of ingredients. Code of Federal Regulations, Title 21, Part 701. U.S. Food and Drug Administration. eCFR
- de Groot AC, Weijland JW. Conversion of common names of cosmetic allergens to the INCI nomenclature. Contact Dermatitis. 1997;37(4):145-150. PubMed · DOI
- Lee H, Pack EC, Koo YJ, et al. Probabilistic risk assessment of emerging EU-regulated fragrance allergens in household and personal care products. Environ Int. 2025;200:109530. PubMed · DOI
- Bennike NH, Oturai NB, Müller S, et al. Fragrance contact allergens in 5588 cosmetic products identified through a novel smartphone application. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2018;32(1):79-85. PubMed · DOI
- Lodén M. Role of topical emollients and moisturizers in the treatment of dry skin barrier disorders. Am J Clin Dermatol. 2003;4(11):771-788. PubMed · DOI
- Buraczewska I, Berne B, Lindberg M, Törmä H, Lodén M. Changes in skin barrier function following long-term treatment with moisturizers, a randomized controlled trial. Br J Dermatol. 2007;156(3):492-498. PubMed · DOI
- van Oosten EJ, Schuttelaar ML, Coenraads PJ. Clinical relevance of positive patch test reactions to the 26 EU-labelled fragrances. Contact Dermatitis. 2009;61(4):217-223. PubMed · DOI





